L’avenir ne peut être que féminin …

C’est une très bonne nouvelle. De l’espoir promis car il ne peut pas en être autrement… quoique ?!

Marre des hommes qui dirigent tout, qui maîtrisent tout, de ce phallocratisme permanent manifesté à coups de gueule, de coups de poings, de colères, de pouvoirs, de cette manifestation de testostérone tous azimuts, comme un viatique absolu et non négociable. Marre aussi ce ce discours du dominant , du combat des chefs idiots mais sans scrupules. Marre de l’ombre faite (aux faibles, aux discrets, aux honnêtes gens) au profit de lumières artificielles, néons aveuglants, girophares abusifs tandis que les femmes s’occupent du reste, pour la plupart, c’est à dire de l’essentiel. Trop discrètement mais assurément. Quand les muscles se contractent, quand les injures pleuvent, quand l’érection devient un viol, quand le pouvoir se conjugue à l’insolence, quand l’argent est une injustice, quand le slogan s’exténue, quand le cri est une insulte l’intelligence souvent s’efface ! Alors, occupons nous du reste, de ce qui demeurera au delà des tics de rois , des égo surdimensionnés, des technocraties déshumanisées, des ignorances puantes de monarques et chefs aveuglés par leur propre reflet, des chairs sacrifiées de soldats hallucinés par leur kalachnikovs. Au nom de leur bite, n’en doutez jamais ! La débandaison leur est insupportable, d’où l’invention des armes plus longuement rigides et efficaces. Et ce n’est pas moi qui suis vulgaire !

Georges Scott Avril 1915 encre et pastel sur papier
Goya 1804 1813 Eaux fortes. Grande hazaña! Con muertos!

Peux t-on imaginer des femmes conceptrices de situations similaires ?! Je ne le pense pas… Certes il y a quelques cas pour enrichir la littérature fantastique ou la presse avide de sorcières, empoisonneuses ou meurtrières, mais Velma Barfield, Magdalena Solis ou, plus près de chez nous, Helène Jegado sont des exceptions qui confirment la règle. Alors tirons-en les conclusions qui s’imposent …

Car quand les hommes ne sont pas occupés par leur égo guerrier ils font du commerce, souvent les deux à la fois, même quand ce dernier se déguise en évènement (!) artistique « public » navrant pour l’intelligence et l’esthétique, au sens Hegelien du terme.

Joep Van Lishout 2018 ( pauvre Derain !)

La vulgarité des œuvres tant conceptuellement que « plastiquement » devient le réflexe favori des spéculateurs du scandale comme branding. Mais, au fond, scandale inexistant car vide de sens et se suffisant des effets de clochers. Je ne connais pas d’expression féminine, même brutale dans les faits, qui caricature la condition humaine – à ce point de bassesse, si souvent félicitée par des intellectuels à l’abri .

Et chez les hommes, le langage vulgaire (EdtM,PTM, NTM)… illustre souvent le dessein d’une œuvre de ce type. M. Van Lishout réussi à faire du bruit pour et avec Rien et pour l’apothéose du vide cérébral. Reservez-moi, s’il vous plait un « Amour vainqueur », une « Femme piquée par un serpent » un « Déjeuner sur l’herbe », une « Origine du monde », un  » thérèse rêvant « , un « Hon », un « man in polyesther suit « ou même la « Nona Ora », qui avaient de l’esprit et un vrai combat à mener, même avec un peu d’acidité et de l’humour (Merci Niki). Mais plus de  » domestikator » qui en dit long sur le mépris (très second degré bien sûr !!) de cet artiste pour la ou le sodomisé ! Non, ici – à défaut d’enrichir la réflexion artistique – l’obsession est d’occuper l’espace médiatique et lui seul comme l’avaient déjà fait Mac Carthy, Serrano, Delvoye, ou Melgaard entre autres… Donc j’espère que l’avenir ne puisse pas être confié qu’à ceux qui sont les acteurs, grassement payés, de cette défaite permanente de la pensée.

(Silence…)

Curiosité sémantique que le  » féminin  » soit la métaphore des maîtres-mots du pouvoir : liberté, égalité, fraternité, nation, armée, assemblée, police, autorité …! Dans les faits et coutumes, le genre exclu la « proximité  » (imaginez : un homme et une femme intelligentes !) et l’erreur n’est pas dans l’accord de l’adjectif mais peut être dans le premier des « deux noms communs » !!!  » – Nous sommes incités à penser le langage comme une simple technique d’expression, or nous ne réalisons pas que dans un premier lieu le langage est une classification et un arrangement du flux de nos expériences sensorielles qui résultent d’un certain ordre du monde, un certain segment du monde qui est facilement exprimé par le type de signification symbolique que le langage emploie. -» (Benjamin Lee Whorf,1956)… Et ce n’est, hélas, pas nouveau : « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle », déclarait en 1767 le grammairien Nicolas Beauzée. Dont Acte(s) à répétition… quelles que soient les illusions passagères !! La vitrine prend de faux airs, le fond de commerce ne change pas.

Jean-Léon Gérôme. Phryne face à l’areopage 1861 80 x 128 H/T

« – Peut-on penser une élite qui serait de sexe féminin, alors même que la culture sociale essentialise le féminin dans une position seconde ?-  » questionne Ollivier Hubert* et de poursuit : « Infiltrées dans les manières de faire et les manières de dire, dans les diverses imaginations humaines (artistiques, scientifiques, religieuses), les coutumes et les histoires, la dichotomie masculin/féminin et la norme comportementale qu’elle définit s’imposent aux individus avec la force d’une évidence… » Et plus loin encore :  » -Pensé, à l’origine, comme devant permettre de déconstruire et de révéler les fondements culturels du pouvoir masculin (ce qu’il permet effectivement de réaliser), le genre s’est révélé plus largement capable de nourrir une réflexion originale sur la détermination culturelle des identités et des relations sociales. En histoire, le concept de genre permet en particulier d’identifier un perpétuel travail de réinvention du monde selon un partage féminin/masculin et d’analyser les usages sociaux que les acteurs et les actrices historiques ont pu faire de telles représentations bipolaires du réel.-  » *Professeur d’Histoire à l’université de Montreal.

Il est donc difficile d’imaginer une société idéale ou de penser l’idéal d’une société contemporaine sauf à passer pour un rêveur inconsistant, peu instruit des réalités d’un monde encore et toujours observé à travers un prisme très occidental donc anthropomorphique. Trop ? Sans doute.

Quittons donc les rumeurs et points de vues de salons influents mais confinés et très mortels …

Motifs incisés à l’épi de maïs dans la terre de façade. Tiogo, Burkina Fasao

Allons nous ressourcer en Afrique, grâce au très bel ouvrage d’une femme contemporaine, née en Namibie, d’ascendance irlandaise et auteure d’un remarquable travail photographique publié en 1986 dans Ndebele sous le titre « The Art of an african Tribe ». Edité aujourd’hui par Arthaud sous le nom « Tableaux d’Afrique », Margaret Courtney-Clarke nous offre une histoire précise, humaine et documentée de l’Art des femmes indigènes, qu’elle a pu rencontrer dans une furieuse pérégrination entre le Mali, le Nigéria, Ghana, Burkina-Fasao, Mauritanie, Sénégal et Côte d’ivoire. Je dis furieuse car ce ne fût pas une promenade… Je cite :  » j’ai décidé de voyager seule(…) mais c’est probablement cette vulnérabilité même d’une femme seule qui m’a permis de pénétrer dans l’univers des personnes (femmes pour la plupart) que j’ai rencontrées… »

Toutes les photographies reproduites ici sont la propriété de Margaret Courtney Clarke
la main de Silla Camara enduit le mur
Les mains, le toucher de l’art africain. copyright :Margaret Courtney Clarke
 » ensemble, femmes… »copyright :Margaret Courtney Clarke

Les mains, les couleurs, les chairs de la terre et de l’eau, les rytmes et motifs sont celles et ceux des femmes. Les plus âgées instruisent les plus jeunes même si ces dernières commencent à se détourner des traditions au profit des images occidentales. Ce travail qui souligne l’architecture singulière des concessions et l’organisation sociale des  » villages » est la marque des femmes. Les hommes n’y sont pas conviés et se limitent aux matériaux de construction sachant que la terre et la tradition s’évanouissent aussi au profit du parpaing et de la tôle ondulée, excluant, de facto, toute l’expression féminine traditionnelle et vitale, efficace façon, hélas, de contourner ou nier son existence . Nous sommes donc là témoins visuels d’une culture transmise par les africaines, variablement selon qu’elles sont mauritaniennes, nigérianes, sénégalaises, maliennes, ivoiriennes ou burkinabé, culture qui risque de s’effacer d’Afrique occidentale dans l’indifférence générale des écrans de nos nuits blanches !

L’ouvrage de Margaret Courtney Clarke ne se limite pas aux peintures murales extérieures réalisées par les femmes Ibo ou Soninké. Toute l’expression individuelle ou collective est observée, d’Oualata à Igbo-Ukwu avec pudeur et éblouissement. Les couleurs, les motifs (Lai Momo, Uli, Wanzagsi…), les sujets exprimés, sculptés, creusés sont parfois d’une abstraction jouissive et loin d’être « naive », parfois d’une figuration souvent animale, libérée de ces nécessités d’exactitude au profit des jeux d’image composés. Les pratiques de tissage ou de poterie , les lieux rituels d’usage et de vie, les espaces et objets fonctionnels sont l’apanage des femmes. Où sont les hommes ? ce n’est pas dit et on n’en voit pas l’ombre même. Les femmes utilisent des tissus, des perles, leurs doigts ou paumes de main, de la terre, de la bouse de vache, de l’urine animale, des pigments, pour concevoir et réaliser une cohérence visuelle rare parcequ’assez globale dans l’ensemble de leurs espaces de vie.

Leur façon très singulière et incontestablement belle, de penser et de réaliser leur œuvre est fait pour plaire et séduire l’âme, consoler  » l’esprit troublé, apaiser la plus haute autorité et apprendre aux enfants les usages du monde .Le but, avoué ou non, est de conduire la famille à apprécier la vie et la beauté « . (Mya Angelou 1989).

L’art  » mural » ainsi que le tatouage du corps, la teinture des tissus (merveilleux bogolans), la poterie mais aussi – car c’est la somme de tous ces savoirs-faire féminins – l’intelligence de la conception, des espaces et de la circulation dans la concession, sont à considérer comme les preuves d’une humanité qui n’a rien à envier aux dérives visuelles et aux argumentations superfétatoires qui sont devenues les nôtres, par amnésie de ce qui a précédé nos prétentions universelles et mondialement masculines.

Ce qui m’étonne toujours dans les découvertes de mondes éloignés de nos insolences c’est la patience avaec laquelle tout semble trouver sa place, tout semble avoir été pensé en lumière, tout parait intelligemment ordonné. Tout étant l’addition clairvoyante de chaque chose qui le constitue, de façon flagrante ou discrète, déclarée ou murmurée, évidente ou suggérée. L’habitat traditionnel de l’Afrique de l’ouest ne peut pas se réduire à un prototype exclusif et générique mais ce qui est remarquable dans l’ouvrage de Courtney Clarke c’est précisément que chaque partie, chaque objet, chaque moment, chaque couleur, chaque récit constituent ce Tout , cohérent, intelligent, paisible…Est-ce pour cela qu’il semble  » sans hommes ? La création des femmes est ici permanente et renouvelée : de l’extérieur de la concession à l’intérieur de celle-ci. Du détail à l’ensemble, de l’objet à l’espace, du rythme saillant des motifs au silence adjacent d’une terre rouge, de dessins de crocodiles (ebiga) à ceux de serpents ondulés(le python protecteur), de l’objet à son support, du végétal au minéral, tout est harmonieux c’est à dire « accordé « , mélodieux et construit. Par conséquent, sans cris de haine, sans violence gratuite, sans armes, sans domination, sans injures, sans inutilité… simplement, humainement vivant.

Enfin, sans insistance douteuse, il n’ y a pas dans ce voyage d’occident comparatif. Il n’y a pas d’analyse anthropologique raisonnée qui puisse nous conduire vers autre chose que ce qui nous est proposé de découvrir. Et j’assume le fait d’avoir commencé ce propos par une critique sans ambages du machisme occidental encore très contemporain, comme l’art du même nom, car c’est aussi lui et sa très longue histoire qui donne envie d’aller voir ailleurs. Je suis heureux aussi que mon aspiration à une société en urgence féminine trouve une justification (plutôt qu’une illustration) exemplaire dans ces villages, dans l’esprit de ces femmes que Curtney Clarke a été rencontrer envers et contre tout, dans leurs gestes entrevus, dans leurs sourires colorés et dans la simplicité (sans doute qu’apparente) de la société qu’elles gèrent avec talent et partage et dont ,malgré le silence, on perçoit les chants…

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