Pouvoir d’achat ?

Pouvoir acheter, soumis à des banderolles permanentes surgissant sur nos écrans pour nous dire ce qui bien sûr nous manque ou nous fait défaut, est une forme de harcèlement sans  » victimes recensées » sauf à nous rendre toutes et tous dépendants (comme on peut l’être de l’alcool, du jeu, du hasch…) de cette revendication folle du pouvoir d’achat donc du devoir d’acheter tout, n’importe quoi, immédiatement . Le désir-réflexe assouvi dans l’instant par la possession d’objets inutiles devenus semble t-il indispensables.

Echappent à cette attitude nécessaire au Capital et à ses très nombreux effets secondaires, l’univers ou les univers de la culture, exceptés ceux de la musique dite de variété très exposée et consommée par le biais de la télévision et d’émissions souvent navrantes.

Pour autant la culture coûte cher et son accession à tous est très dépendante de la politique, de la géographie, des territoires et régions. Le spectacle vivant n’est donc pas accessible à tous (sauf à en faire comme à Nantes une prétendue  » fête permanente  » sur le dos du contribuable et par décision locale très arbitraire), l’élitisme des technocrates dans cette affaire demeure la référence …à combattre.

 » Tout » est à Paris et accessoirement à Marseille, Lyon, Metz, Lille, Bordeaux, Toulouse, Montpellier ou Nantes c’est à dire dans les métropoles souvent dépendantes elles-mêmes du ministère parisien. Mais aujourd’hui TOUT est à Hong Kong, New York, Londres, Venise, Bâle etc… c’est à dire in fine nulle part, tant tout est constant, sans surprise et affûté par les marchés internationaux qui exportent leurs artistes quand ils ne les accouplent pas (Schiele/Basquiat) pour créer un évènement planétaire sans intérêt ou alors accouplons TOUT. !!!

Et la culture, l’art de façon générale ne sont pas par définition « planétaires « , globaux et distribués sous forme de ready-made.

Les grands affairistes de ce monde (Pinault, Arnault, Bergé, Drahi, Joannou, etc ) sont  » conseillés par des « experts » parfois issus des ministères ou des musées, plutôt comme critiques ou bavards officiels rémunérés largement par la presse spécialisées ou les médias influents. Néanmoins l’accès à ses musées prestigieux a un coût qui résulte de l’obsession de leur propriétaires à rendre leurs musées rentables. Il faut bien payer les architectes de grande renommée et les oeuvres acquises sur le terrain de Christies’s ou Sotheby. Il y a quelquechose de commun entre les géants comme Amazon et la façon dont les capitalistes mondialistes s’accaparent la culture comme produit rentable. Ils la privatisent sous les ors de la République, reconnaissante d’échapper à des investissements qu’elle ne peut plus ou n’a pas envie d’assumer. Le pouvoir d’achat est dans ces milieux colossalement indécents.

Tout est précipité, évalué en termes de bénéfices, en terme d’images de marque, très loin d’une réelle interrogation sur ce qu’est la Culture.

Donc à ce pouvoir d’achat intoxiquant et insultant pour ce qu’est l’Homme, il serait un jour nécessaire et bon de  » créer  » un pouvoir d’existence donc le pouvoir dêtre ce que l’on desire être, et non une pâle copie, clonée du politiquement correct.   Abandonner l’obsession de l’achat au profit de l’essentiel de l’existence  : vivre ! 

Et la culture est ce lien avec l’essentiel de la vie! Lire est la plus extraordinaire capacité humaine, écrire et lire, transmettre, proposer des nourritures mentales sensorielles sans aucun additif douteux. Voilà, n’en doutons pas ce qui restera, au delà des fichiers numériques, obsolètes tous les 5 ans et sous surveillance permanente de Big Brother, et des collections d’objets inutiles. Nous transmettrons aux générations à venir les livres, les tableaux, sculptures, les partitions de musique (quand celle-ci est écrite donc composée) qui resteront, sans exclusivité ou décision partisane la preuve de ce qu’est l’humanité. Aux générations futures d’en faire ce qu’elles voudront y compris de tout foutre à la poubelle, mais alors tant pis pour elles !!

De la vénus de Willendorf au dernier accrochage, fût-ce d’une star de chez Max Hetzler ou Perrotin, sans négliger l’art africain, chinois, aborigène et j’en passe, toutes ces suites de traces laissées par des femmes ou des hommes sont la preuve de notre profonde singularité à être vivants et in fine, peu convaincus de nos certitudes affichées en mode d’emploi.. L’art est une preuve de ces interrogations, esquisses, qui définissent le genre humain. Les certitudes sont des échecs avoués et les convaincus sont bien l’addition de deux mots. Et ne confondons pas les spectacles de la culture contemporaine (qui ne peut se passer de vernissages mondains, de journalistes partisans, de modes qui fonctionnent comme un miroir très déformant de ce que l’histoire des hommes retiendra ) avec la réalisation initiale, l’écriture (première image de la pensée), la connaissance, l’échange de points de vues, le débat, qui devraient embrasser tout, plutôt, qu’aux noms de commissaires patentés mais souvent cyclopes, jeter ou mépriser ce qui, au nom du pouvoir et du vouloir êtrede décider pour les Autres, caractérise nos civilisations …bien fragiles quand tout est acheté puis mis à la décharge sans mémoire, puis oublié au nom du pouvoir d’achat et du  » nouveau à tous prix « .

Je parle un peu de l’art mais je pourrais évoquer l’architecture confiée pour l’ensemble à trois ou quatre stars internationales et pourtant nous avons d’excellents architectes, musiciens, écrivains mais comme pour Musso ou Bussi on choisit l’efficacité commerciale et la médiocrité avant la raison et la profondeur des « choses ». Et j’entend déjà les fans de la post modernité me dire qu’il y a dans mon propos quelque chose de réactionnaire ! (C’est drôle d’être systématiquement considéré comme réactionnaire quand on doute d’une évolution très gadgétisée de l’environnement humain et des choix opérés par les censeurs.) .

Je ne suis pas réactionnaire mais assez lucide sur l’état du monde, sur celui ou celle qui s’enrichit- sans aucune morale intellectuelle ni contradiction ou contre expertise- de matières inutiles au détriment de celui (ou celle) qui n’a (tout modestement) pas le Pouvoir de Vivre. 

Restent pour mémoire les grands chocs que furent la Renaissance, le Romantisme, les impressionnistes, le Blau Reiter, la sécession viennoise, le cubisme, Dada, l’expressionisme abstrait et dans les domaines de la musique et de la littérature de même, les artistes n’ont pas attendu les grands jouisseurs du monde pour être d’avant garde. Cette dernière n’est plus à chercher dans le prêt à penser mondain mais dans les ateliers où parfois en silence et isolés parce que discrets, des artistes questionnent ce qui a précédé et sans doute ce qui va suivre… Car rien ne chasse rien et l’histoire est faite toujours de la même chose. Socrate pensait que l’écriture allait tuer la mémoire et Platon renchérit en précisant que « la plus grande sauvegarde – pour la pensée – c’est de ne pas écrire » . Et depuis les livres n’ont cessé de fleurir en devenant, n’en déplaise à nos deux philosophes, la mémoire la plus riche du monde. Gutenberg se marre encore ! Comme quoi, les certitudes !?….

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La culture…

Vaste entreprise que d’en définir le sens exact dans ce monde contemporain qui oublie si vite d’où il vient, ce qui l’a précédé, construit, conduit à être ce qu’il est aujourd’hui. Des spécialistes s’en chargent toute la journée sur les ondes des organismes diffuseurs de leurs  » compétences  » à nous en donner l’éclairage officiel et parfois si parisien. Comme les journalistes, ils puisent dans leur environnement immédiat et propose une sorte de hit-parade de ce qu’il  faut absolument voir, lire, entendre, applaudir ou mépriser. J’aime écouter France culture car j’y apprend beaucoup de ce que j’ignore et j’ignore plus que je ne sais. Mais je suis frappé de la constance des invités qui brillent par leur appartenance au cénacle et à l’élite et qui bavardent  » entre » eux. Je suis frappé par exemple quand il s’agit d’art que ce sont rarement des artistes (sauf hyper confirmés (?) dans leur réussite sociale) vivant et travaillant dans leurs ateliers qui sont conviés à témoigner de ce que représente la difficulté mais aussi le bonheur, le quotidien  de cette activité dès lors que vous ne recevez aucune visite, considération voire subvention, parce que vous n’êtes tout simplement rien tant que les filtres d’une sélection de spécialistes du bavardage et du commentaire officiel ne vous ont pas  » seléctionnés  » . La tristesse de cette culture revendiquée par la gauche Langiste c’est qu’elle demeure élitiste, close et affaire de spécialistes parfois  » éclairés » . La culture est trop souvent une affaire de soustraction de ceux qui l’incarnent et d’addition de ceux qui en parlent. La galerie d’art comme le musée deviennent des magasins de luxe et non des lieux d’expérimentations et de curiosités élargies. Il n’y a pas dans toutes les villes de France de théatre, de lieux où la création peut, à tout le moins montrer, ce qu’elle propose. Supprimons la télévision et plaçons ses considérables budgets dans la création de lieux de culture si chers à Malraux, de façon à ce que la création artistique -qu’elle soit littéraire, spectaculaire, ou picturale (dit de façon très généraliste)- soit l’énérgie qui rassemble, constitue étonnement et débat , rencontres, mixité sociale, enrichissement rural, urbain, régional et national. Que cette énergie des acteurs soit encouragée et non systématiquement critiquée et filtrée par la société du spectacle dénoncée par G. Debord.

à suivre 

Premier article de blog

Un blog de plus, …en effet mais sans vouloir être prétentieux celui que je propose modestement se veut être l’espace de mots qui questionnent notre vie. Plusieurs symptômes se révèlent au grand jour mais qui sont pour la plupart filtrés par les pouvoirs politiques et journalistiques, notamment la désespérance du peuple, la culture américanisée, l’absence de conversations mutées en mots d’ordre  et cette insupportable télévision qui réduit notre pensée, nos désirs, nos inquiétudes ou bien même nos joies collectives à des clips mesurés et rythmés et régulièrement interrompus  par des annonces commerciales du capital. Il n’ y a plus de citoyens mais leurs « représentants syndiqués ou normés » qui monopolisent et réduisent les mots à des slogans stériles. La démocratie est un vilain jeu de « maux » . Gentilartémisia est un lieu de liberté et de résistance au grand et big brother. Ce blog n’est pas populiste car le mot en lui même est ignoble, méprisant et surtout témoin d’une vieille peur que tout ce qui émane du peuple devienne nationaliste et extrème (la vieille peur de ceux qui ont le pouvoir vis à vis de la menace du soulèvement populaire qu’ils redoutent par crainte de voir leurs privilèges s’effondrer) mais n’est pas non plus partisan, plutôt d’un humanisme de gauche pour dire les choses telles qu’elles sont pour moi. Un récent sondage (je n’ai jamais été sondé ?!) relate que pour 80% des français l’urgence pour leur vie est en première intention  d’améliorer le pouvoir d’achat, 70 % pour lutter contre le chomage, 50 % pour une augmentation de salaire, 24 % pour une meilleure retraite, 21% pour une plus grande protection sociale  et …3% pour un meilleur accès à la culture. Ce dernier chiffre m’effraie et opposé au premier cité sur le pouvoir  » d’achat » il me dit la triste société dans laquelle nous vivons. Seul, un peuple cultivé pourra surmonter les agressions du marché, du politique, du social, du racisme, et du repli sur soi car seule la culture nous permet de nous construire et de proposer du sens à nos vies numérisées. Voilà la raison de ce blog.